Quelque part en France, le 28/08/2005
L’équation était simple : 2 mamans + 2 papas = de beaux bébés
Nous nous sentions prêtes et nous avons donc décidé en mars 2004 (il y a un an et demi) de concrétiser notre désir d’enfants par le biais d’une coparentalité*. Quelques conférences, renseignements pris sur Internet et rencontres APGL plus tard, nous répondions aux annonces de papas, demandeurs comme nous.
Nous étions confiantes, motivées et sereines. Nous nous lancions dans l’aventure avec toute l’ardeur et la détermination des débuts heureux… pas prêtes à tout cependant : nous voulions prendre notre temps, le temps de discuter, de s’assurer que le projet est commun, de faire naître des affinités virtuelles, etc. ! C’était une (pré)occupation quotidienne, une activité périodique, presqu’un hobbie que d’éplucher les sites à la recherche du ou des papas. Une belle période s’offrait à nous… Nous espérions, encore à cette époque, que quelques semaines plus tard, bébé serait en route. Nous n’avions aucun doute là-dessus !
Oui, mais voilà, 1 an et demi plus tard, nous ne pouvons que faire ce constat : le bonheur n’était pas au coin de la rue. Ce qui devait être une jolie expérience s’est révélé être un admirable parcours du combattant !
Voici l’histoire de nos rencontres, pour ceux et celles qui ont vécu la même… et pour les autres !
Au préalable, nous voulons affirmer que notre but n’est pas de démotiver tout le monde. Nous savons que de belles histoires homoparentales existent et qu’il en commence tous les jours. Ce blog est uniquement né du besoin de nous exprimer et de partager notre expérience, car le partage n’est pas ce qui a été le plus explicite dans notre parcours. Il est temps que ça change !
Rencontre n°1 : les « trop beaux ». Eux aussi en étaient au début de leur recherche. S’étaient-ils posé les bonnes questions ? Savaient-ils ce qu’ils cherchaient ? Nous étions leur première rencontre. Mails sympas, quelques coups de fil et hop ! nous voilà à dîner avec eux. Ambiance assez raffinée mais simple. Ces deux garçons sont des dieux grecs personnifiés, très beaux, très bien faits. Il est donc normal qu’ils aient des critères physiques pour les mamans de leurs progénitures. Notre féminité en prend un petit coup : nous ne sommes assurément pas assez jolies ni coquettes pour eux. Ils nous le font sentir.
On leur aura au moins permis d’affiner leur sélection. Sur leurs annonces, plus tard, ils devaient marquer « Deux très beaux mecs bien sous tout rapport …». On se doute que les Dieux n’attendent pas des thons ! Passez votre chemin… Verdict : clair, net et précis.
Rencontre n°2 : le « prétentieux ». Les annonces d’hommes ne pleuvent pas sur les sites à cette saison. Ils sont tous en train de préparer leurs projets de vacances (les homos partent en juin, non ?), ou bien… ils sont tous déjà engagés. Entre ceux qui ne partagent pas notre conception du projet et ceux qui ne répondent jamais, il reste un jeune homme de notre âge qui se présente un peu comme « le » coup du siècle : beau, intelligent et mature. On attend de voir. Pressentiment mitigé sur son compte. Et pour cause. Le jeune homme s’arrange pour que nous fassions tout le trajet et nous plante au bout d’une demi-heure (ou plus exactement, après 30 très longues minutes durant lesquelles, la mayonnaise ne prend décidemment pas). De notre côté, aucun regret : c’était un garçon prétentieux, froid, ni beau ni spirituel. Juste très fier d’avoir réussi professionnellement. Bon vent...
A ce moment là, il faut bien avouer qu’on s’interroge sur l’image que nous avions des gays. Nous avons eu l’une et l’autre de très bons amis gays, beaucoup plus intègres, beaucoup moins superficiels… Allez, on ne s’en fait pas. Les hommes sont merveilleux en général. Nous n’avons juste pas eu de chance.
Rencontre n°3 : Les "caractériels". Deux jeunes hommes gentils et attentionnés. Mails, tchats, appels, webcam, puis rencontre réelle. Bon, ils sont loin d’être des top models mais ils sont agréables, alors pourquoi pas ? Ne nous fions pas à nos préjugés. Le début de quelque chose ; cette fois, on y croit. Ça nous semble très possible. On se rencontre, on s’apprivoise, on se montre nos goûts, nos dégoûts. Quelques semaines se passent, tout va plutôt bien. « Plutôt » : parce que quand même, ils ont des personnalités assez éloignées des nôtres. C’est drôle comme à chaque fois on se cherche des ressemblances : tiens, X tu es pareil qu’Y pour ça. Tiens W, tu fais ça exactement comme Z. Décidemment, on était faits pour se rencontrer… Sauf qu’à 4 c’est pas facile tous les jours. Week-end commun, les premiers reproches arrivent : ils nous trouvent trop bohèmes, on les trouve trop sérieux. On s’accroche, mais on sent bien que quelques petites choses nous titillent. Petites ? Pas tant que ça. Elles touchent aux valeurs, à l’éducation, à la perception de la vie… Alors, oui, ça nous pose problème. On a beau se forcer, on ne les trouve pas vraiment prêts, ni vraiment proches de nous. Six mois. Il nous faut six mois pour se dire que non, ce n’est pas eux les pères de nos futurs enfants. Ils sont très gentils et on les aime malgré leurs défauts (nous sommes bien conscientes d’en avoir aussi, rassurez vous !), mais tout est trop compliqué. Alors on parle de nos doutes, de nos interrogations.
Sans doute tombent-ils de haut eux aussi, toujours est-il que ce sont des brimades fusent, les rancoeurs surgissent !…
Nous ont-ils jamais apprécié ? La page se tourne : ils ne veulent plus nous voir jamais. Rien ne leur va : ni nos familles, ni nos métiers, ni nos caractères. Six mois de perdus !
Comment s’en remettre ?
Le cœur un peu serré, la peur de ne pas y arriver, nous essayons de faire d’autres rencontres. Début d’année : les hommes se bousculent sur les forums. Une aubaine ! Le projet est tellement beau que la motivation est, finalement, intacte ! Un bébé, un bébé… On veut y arriver. On y arrivera...
Rencontre n°4 : l’ « indécis ». Celui-ci nous semble ouvert et gentil. Peu bavard, mais assez intègre. Il nous rappelle un ami que nous avons eu. Alors pourquoi pas ? Au moins se voir pour discuter un brin, après on verra. C’est un garçon plutôt pas mal, qui semble bien dans ses pompes, attentif et galant. Chouette ! Ce qu’on lui dit lui va, et il dit ce qu’on attend. Ça dure 10 minutes, 30 minutes, 1 heure… Toujours dans les rails. Je commence à tiquer. Je ne saisis pas sa personnalité puisqu’il nous dit « oui » à tout. Questions difficiles pour le tester : il ne sait pas, il s’embrouille… On comprend clairement qu’il n’est pas très stable ni professionnellement, ni sentimentalement et qu’il n’envisage de faire une famille que pour faire plaisir à sa mère (ou presque). Problème ? Non, solution : bye bye.
Gentil mais indécis.
La suite ?
Rencontre n°5 : les « mégalos ». Nous ne voulons pas rester sur ces échecs. Notre « intelligencia » est interpellée par deux parisiens matures, bien installés dans la vie, qui ont très bien réussi professionnellement. Il faut l’avouer, dès le départ nous ne nous sentions pas à la hauteur, mais comme chaque rencontre (est censée) apporte(r) quelque chose, on ne s’en fait pas. Si ça ne colle pas, au moins nous aurons rencontré des personnes intéressantes, pour une soirée, une semaine ou une vie. Encore une fois, comme avec monsieur Prétention (rencontre n°2), un mauvais pressentiment nous gâche un peu le trajet. Et si on n’avait rien à se dire ? Et s’ils nous trouvaient trop jeunes ? Pas assez bobo ? Pas assez cultivées ? Trop ci ? Pas assez ça ? Quelle mauvaise soirée en perspective… Eh bien, messieurs dames, apprenez qu’il ne faut pas se fier à des stéréotypes du genre : parisiens+branchés+friqués = sectaires… Non il ne faut pas !
Mais y’a des cas quand même, on ne peut pas faire autrement ! Le dîner fut long et rasoir. Ils parlaient et s’écoutaient parler. Pas du projet, non ; au premier regard, ils ont compris que nous ne rentrions pas dans leurs cadres. Alors ils parlent d’eux, de leur grande réussite socio-professionnelle. De la masturbation cérébrale...
Nous nous disons au revoir (enfin !), sans aucune promesse, sans aucun remerciement, même pas un hypocrite « ravis/ies de vous avoir rencontré/es ».
Après ces expériences peu valorisantes, nous prenons un temps pour réfléchir et nous remettre en question. Que veut-on ? Avec qui ? Comment trouver les bons et ne plus se planter lamentablement ? Chaque rencontre sans suite nous enfonce un peu plus dans un bain bouillonnant d’incertitudes et de désillusions. Difficile de garder sa fraîcheur.
Alors commence une période où nous discutons beaucoup sur Internet. Nous ne sommes pas toujours d’accord, même au sein de notre couple, aux suites à donner. L’une de nous deux voudrait ne pas mettre la barre trop haut et se donner la chance de rencontrer des personnes qui ne « collent » pas forcément au projet initial ; l’autre ne veut surtout pas lâcher ses idéologies et ne pas s’éloigner de nos attentes…
Que faire ?
Nous attendons de rencontrer ceux qui auront exactement le même discours que nous sur les choses… Est-ce parce qu’on en a très envie que ça se passe ou est-ce arrivé pour de vrai ?
Toujours est-il que nous commençons à échanger avec un couple d’hommes de 35 ans, bien éduqués et bien installés dans toutes leurs vies.
Rencontre n°6 : Les BCBG. Ils nous reçoivent en mettant les petits plats dans les grands, sont très gentils et très concrets. On ne parle pas dans le vide. Notre féminité, notre fibre maternelle même, commence à s’enorgueillir de cette rencontre inespérée. Plusieurs rencontres, toujours très agréables. Ce sont des perles. On commence à penser langes, promenades, vacances en commun, prénoms, papa, maman… On en parle même à nos parents. Après les « caractériels », ceux-ci sont tellement différents, qu’ils se réjouissent pour nous.
Et puis…
Du jour au lendemain, ils cessent de nous appeler. On patiente : trois jours, une semaine… On essaie de les joindre. Au final, on reçoit un mail nous annonçant qu’après réflexion, ce n’est pas nous. Pas d’explication. Nous tirons des conclusions. Sommes-nous dans le vrai ou interprétons-nous ? Ces messieurs étaient trop « bien » pour nous. Comme les Dieux ne vont pas avec les thons, les BCBG ne vont pas avec deux jeunes femmes en début de carrière qui se serrent parfois la ceinture en fin de mois.
Pleurons un coup et repartons du bon pied !
Rencontre n°7 : les improbables. Pour celle-ci, nous avons attendu au moins deux mois. Quelques échanges avec des papas potentiels mais pas envie de se (re)lancer… On fait traîner. Ça peut être lui ou eux ou encore eux, comment savoir ? C’est trop difficile de penser que l’histoire peut se répéter encore et encore.
Avec ce couple-là, chaque contact est aimable. On n’est pas pressées, pas vraiment enthousiasmées non plus. Alors on tarde, on tarde. Au bout d’une dizaine d’échanges, ils nous convainquent. On décide de se faire une soirée. Qu’en dire ? Convivialité, discussions longues, moment agréable, et pourtant, le jus ne passe pas, le « coup de foudre » qui nous sauverait, nous et eux, n’est pas au rendez-vous. Force est de constater qu’une de nous et que l’un d’eux se conviennent bien, mais pas les conjoints. Dommage.
A la fin de la soirée, on se remercie chaleureusement, on se bise, on se promet de se revoir très vite, on se fait de grands signes au revoir.
Et puis quoi ?
Ce fut la première et la dernière entrevue.
Rencontre n°8 : Au même moment, dans une autre ville de France, deux autres garçons nous correspondent mieux que quiconque et nous ne le savons pas ?!
Eh oui, la vie nous joue des tours parfois. Ils font partie de ces papas en recherche aussi avec qui nous discutons depuis des semaines sans suspecter qu’ils puissent correspondre exactement à ce que nous attendons… Et pourtant. Première rencontre « coup de foudre » entre nous, suivie d’autres rencontres toujours agréables. Projet commun. Amitié facile. Envie de plus, envie d’avancer, de construire avec eux. Confiance en la vie.
Alors, que demande le peuple direz-vous ?
Deux mois de ce régime pour nous annoncer au final que l’un d’eux vient d’être muté à l’autre bout de
la France … Comment réagir ?
Par un Blog, ce Blog, pour dire que nous sommes « normales », que nous avons envie de fonder cette famille, que rien ne devrait nous manquer et qu’on n’y arrive pas. Ne vous découragez pas, nous diront certains, persévérez, diront d’autres. Tandis que des troisièmes expliquent qu’ils viennent de concrétiser leur si beau projet.
Ce parcours est long et difficile pour nous. Nous venons de faire la traversée du désert et n’en sortons pas indemnes. Nous sommes lasses et pleines de doutes ; notre couple aussi en a pris un bon coup. Alors, malgré l’envie, la motivation, l’amour des enfants qui sont les nôtres, nous nous arrêtons là pour le moment. Et nous verrons dans quelques mois, quand nous nous serons reconstruites.
D’ici là, nous souhaitons beaucoup de bonheur à tous ceux qui auront lu ce post, qu’ils soient parents ou en devenir ou qu’ils ne souhaitent pas donner la vie, car c’est aussi un choix.
Longue vie…
DanaFox
BIO des Auteures
Mademoiselle Dana a 28 ans et travaille dans le journalisme. Mademoiselle Fox a 29 ans et travaille dans le marketing. Elles vivent en région parisienne. Et elles se prennent un peu de vacances… ;)
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